Interviews

Maintien de l’ordre et antifascisme : discussion avec Paul Rocher et Antonin Bernanos

Mercredi 23 septembre, nous sommes allé·e·s poser nos questions aux deux auteurs des éditions La Fabrique, à l’occasion de la soirée-débat organisée par la librairie clissonaise Les Villes Invisibles.

Leurs parcours sont très différents, mais ils se rejoignent dans leur analyse de l’institution policière comme outil de répression au service de l’État. Le premier est économiste et a publié au début de l’année un ouvrage intitulé « Gazer, mutiler, soumettre », consacré au maintien de l’ordre et plus particulièrement à la « Politique de l’arme non létale », comme le précise son sous-titre. Le second est militant antifasciste au sein de l’Action Antifasciste Paris-Banlieue et a participé à la rédaction de l’ouvrage collectif « Police », sorti quelques jours auparavant. Pendant près d’une demi-heure, Paul Rocher et Antonin Bernanos nous ont livré leur analyse de la situation socio-économique française actuelle : le Schéma National du Maintien de l’Ordre, l’état de droit et le contrat social, autant de thématiques abordées au travers du prisme de la lutte antifasciste et anticapitaliste.

Dans son ouvrage, Paul Rocher démontre ainsi que « le développement des armes non létales répond toujours à une crise du maintien de l’ordre établi ». L’ordre établi, ce sont les bénéficiaires du système socio-économique actuel, la classe dominante bourgeoise, qui cherche par tous les moyens à museler les revendications et à maintenir « son hégémonie à un moment particulièrement décisif, où elle tente de réaliser une transformation structurelle de la France ». Une analyse partagée par Antonin Bernanos, qui a vécu la répression judiciaire du fait de son implication dans la lutte antifasciste, cumulant plusieurs années de détention et de placement sous contrôle judiciaire (dont il vient d’ailleurs de demander la levée). Dans « Police », le militant insiste sur le processus de fascisation de l’État et le rôle joué par l’institution policière dans cette dynamique, notamment en rappelant l’héritage raciste et fasciste de cette institution, issu de la répression des mouvements d’indépendance des anciennes colonies françaises. Faisant le lien avec le mouvement des Gilets Jaunes, Antonin Bernanos rappelle également la nécessité de construire des alliances pour combattre ce processus de fascisation insidieux, qui se nourrit également d’un système économique profondément inégalitaire. Pour ces deux auteurs des éditions La Fabrique, la convergence des luttes contre un État toujours plus autoritaire et sécuritaire reste donc possible et nécessaire, notamment en s’appuyant sur la solidarité et l’autodéfense populaire. Des propos qu’ils ont également pu relayer pendant le débat organisé sous les Halles de Clisson (contexte sanitaire oblige) par la librairie « Les Villes Invisibles » et auquel ont pris part une trentaine de personnes.