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Manifestation du 8 mars : les collectifs intersectionnels s’imposent

La mobilisation nantaise à l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes a été marquée par l’apparition d’un cortège féministe queer, antiraciste et décolonial.

L’appel a circulé massivement sur les réseaux sociaux dans les semaines précédant la traditionnelle manifestation du 8 mars. Plusieurs collectifs féministes visant l’inclusivité et l’intersectionnalité se sont en effet organisés en amont, afin de se réapproprier cette journée de lutte en s’affranchissant des organisations syndicales et féministes « traditionnelles ».

Le rendez-vous était fixé à 15h47 par les collectifs intersectionnels aussi bien que par les syndicats et les organisations féministes universalistes et blanches-bourgeoises. Ce choix d’heure de rendez-vous ne s’est pas fait par hasard, il correspond au moment de la journée à partir duquel les personnes sexisées cessent symboliquement d’être rémunérées, du fait de l’écart des salaires avec les hommes cis. Manifestant·e·s et collectifs se sont donc retrouvé·e·s place Royale, le cortège intersectionnel faisant le choix de se positionner de l’autre côté de la fontaine par rapport aux organisations traditionnelles, afin de s’exprimer librement et de marquer leur volonté d’auto-détermination.

Une fois de plus, les organisations syndicales CGT et Solidaires et les associations féministes blanches-bourgeoises Osez le Féminisme et Nous Toutes ont fait le choix de chanter à deux reprises l’hymne du MLF, malgré les protestations émises notamment lors de la mobilisation du 25 novembre dernier. L’absence de prise en compte de ces critiques légitimes ont notamment expliqué la volonté d’auto-organisation et de séparation de la part des collectifs intersectionnels BLM Nantes, SapphoGang, La Mare, Collectif d’Actions Féministes, Collages queer antiraciste Nantes, Collages engagés Nantes et Collages Féministes Nantes. De plus, comme nous l’avions détaillé dans notre article concernant la manifestation du 5 décembre dernier, les collectifs intersectionnels nantais se sont dissociés des syndicats historiques du fait de leurs comportements problématiques.

Après les prises de parole de BLM Nantes et SapphoGang, ainsi qu’une lecture d’un texte du collectif Nantes for Uyghurs dénonçant le génocide perpétré par l’état chinois sur ce peuple de confession musulmane, le cortège inclusif et intersectionnel s’est dirigé vers le cours des Cinquante Otages en passant par la place Fernand-Soil, afin de prendre de vitesse le cortège syndical passant par la rue d’Orléans. Le millier de manifestant·e·s s’est donc retrouvé en tête de cortège et a tenté de prendre un itinéraire différent de celui déclaré à la préfecture. Iels se sont rapidement retrouvé·e·s bloqué·e·s rue Armand Brossard par des agent·e·s de la Compagnie Départementale d’Intervention, les empêchant d’emprunter la rue de l’hôtel de ville. Le cortège a dû rebrousser chemin et s’est retrouvé bloqué par le cortège syndical qui se dirigeait alors vers la préfecture. Le cortège intersectionnel a donc tenté de repartir en direction de Commerce mais s’est à nouveau confronté à une présence massive de forces de l’ordre. Le dispositif policier disproportionné présent dans cette zone a mis en lumière la volonté préfectorale de contrôler et de limiter cette manifestation du 8 mars, révélant la duplicité gouvernementale entre les discours de façade pour la défense des droits des femmes et des minorités de genre et la réalité de terrain.

Les manifestant·e·s sont donc resté·e·s statiques, bloqué·e·s sur le cours des Cinquante Otages, jusqu’à la dispersion aux alentours de 18h00. Une situation qui ne les pas empêché·e·es de scander leurs revendications, tout en essayant de rendre ce moment le plus convivial possible. Un mannequin à l’effigie du patriarcat a été mis à feu en toute fin de manifestation, symbole ultime de la détermination et de la portée de la lutte féministe incarnée par les collectifs intersectionnels nantais. Iels ont ainsi marqué leur volonté de se réapproprier la rue et la lutte, non pas pour l’égalité, mais bien pour la destruction d’un système bourgeois, capitaliste, patriarcal, raciste, islamophobe, lgbtqia+phobe, validiste et putophobe. Cette première mobilisation inclusive et intersectionnelle, réussie malgré tout, laisse entrevoir des possibilités de changement dans l’organisation de la convergence des luttes locales.

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